Deux mondes
Notre mission historique est de renforcer le discours antifasciste et anti-impérialiste lors des élections d’octobre, en descendant dans la rue, de toutes nos forces, contre l’extrême droite.
Photo : Lula lors d’un discours à l’ONU. (Ricardo Stuckert/PR)
La polarisation qui règne dans les rues du monde entier s’est invitée à l’assemblée générale de l’Onu. Elle a raisonné dans les divers discours et programmes, et notamment entre deux personnalités : Trump et Lula.
Les discours étaient contrastés : deux mondes s’opposaient, celui de Lula et celui de Trump. Cela montre clairement que l’élection brésilienne est plus que jamais influencée par la situation internationale.
Parmi les nombreux thèmes qui dominent la situation figurent le contrôle et le modèle de développement de l’IA, le chaos climatique, mais surtout la tension croissante sur le plan géopolitique, qui conduit à de plus en plus de guerres et de génocides, comme en Palestine. Sans oublier la question incontournable de la souveraineté des peuples. L’élection brésilienne est un référendum d’envergure mondiale : soit Lula l’emporte, soit Flávio deviendra un agent de l’« empereur » Trump.
Le Brésil assiégé
Le discours de Trump a été marqué par des attaques tous azimuths. Il menace de destruction totale l’Iran, il réitère ses attaques contre l’Amérique latine, se réjouissant de l’arrestation de Maduro et de la reddition de Delcy Rodríguez, a déversé sa verborrhée contre le DSA des États-Unis, le Mexique et Cuba.
L’encerclement du Brésil s’est manifesté dans la déclaration de l’initiative « Escudo das Américas », lorsque quatorze pays ont réclamé à grands cris l’inscription du PCC [et du CV[1] sur la liste internationale des organisations terroristes. Un encerclement qui combine tous les domaines d’action, depuis la visite surprise de Peter Thiel[2] au Brésil, survenue il y a plusieurs mois et révélée seulement ces jours-ci, jusqu’aux rumeurs d’une intervention accrue des géants de la tech au sein du pays dans les semaines à venir. La mesure prise par Meta, qui a bloqué pendant plusieurs heures le compte de l’humoriste Porchat[3], constitue un signal d’alarme important quant à la provenance potentielle des attaques numériques.
Des analystes sérieux, tels que Jamil Chade, alertent depuis un certain temps sur l’intensification des tentatives d’ingérence dans la campagne électorale brésilienne, visant à favoriser Flávio dans la dernière ligne droite, en phase avec le discours trumpiste prônant une présence et une hégémonie dans la région.
Un bouclier démocratique
Le seul véritable bouclier consiste à vaincre Flávio dans la rue et aux urnes. Lors des sept dernières élections régionales, Trump et ses candidats alignés sur l’extrême droite ont remporté des victoires électorales. Lula a vu juste dans son discours d’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies, en dénonçant l’ingérence de l’impérialisme, le génocide à Gaza, et en défendant l’OMS ainsi que les principes de la souveraineté nationale.
Une victoire de Lula freinerait l’élan de l’extrême droite, déjà fortement remise en cause dans les rues des pays où elle gouverne, comme c’est le cas au Chili de Kast ou en Argentine de Milei. À la veille des élections de « mi-mandat » et en plein recul face à son incursion génocidaire et aventurière au Moyen-Orient, Trump a besoin d’une victoire au Brésil pour continuer à respirer.
Le rejet du modèle d’extrême droite dans le plus grand pays du continent constituerait un geste populaire et institutionnel en faveur des libertés démocratiques, de la souveraineté, de la paix et de l’harmonie entre les peuples, ainsi que de la défense de l’environnement. Il est nécessaire de défendre les libertés démocratiques, la souveraineté, la défense de l’environnement et les droits des travailleurs ; pour cela, Lula doit aller plus loin et rompre avec le modèle agro-exportateur.
Tout dépend de la lutte
Le phénomène de l’extrême droite n’est ni invincible ni imparable ; au contraire, il est l’expression de la polarisation que connaît le monde. En Allemagne, dans le sillage de la crise structurelle de la démocratie libérale, ont émergé tant l’effrayante solution à caractère néofasciste de l’AfD que le « Parti de gauche » (Die Linke, dans l’original) renouvelé, qui vient d’élire à la tête de Berlin Elif Eralp, jeune dirigeante féministe et fille d’immigrés turcs.
Elle s’est directement inspirée de Zoran Mamdani, maire de New York, membre du DSA, que Lula a rencontré cette semaine, dans un geste à la fois combatif et de fraternité politique. Eralp et Mamdani ont été élus grâce à un programme contre la spéculation immobilière, misant sur le changement, la mobilisation de la classe ouvrière et une gauche renouvelée. Il importe également de souligner le soutien de Lula à Cuba, dénonçant le blocus criminel imposé par l’impérialisme à l’île dans le but d’aggraver la crise humanitaire du pays.
Et dans le cadre de cette gauche renouvelée, pour en revenir à la bataille brésilienne, le PSOL se distingue en première ligne de la campagne de rue, bénéficiant de l’adhésion et de la sympathie de larges couches de travailleurs et de la jeunesse. C’est de cette lutte que dépend le résultat électoral, dans la foulée d’un virage visant à intensifier le ton de la campagne, s’appuyant sur des mesures importantes, bien qu’encore embryonnaires, prises par le gouvernement, telles que la revalorisation du programme «Bolsa Família», la proposition de renégociation de la dette des familles et l’interdiction des « Bets [paris sportifs] ».
Il faut amplifier la dénonciation du fait que Flávio Bolsonaro ment de manière persistante dans sa campagne. Il a menti sur ses relations avec Vorcaro et des politiciens criminels, comme l’ancien gouverneur de Rio de Janeiro, Cláudio Castro, et d’autres du même acabit. De même, il ment cyniquement en dénonçant les conditions de vie du peuple tout en défendant une politique d’austérité sociale à l’image de celle de menée par Javier Milei et qui conduit aujourd’hui l’Argentine vers une catastrophe sociale.
Hausser le ton, c’est accroître le rejet dont fait l’objet Flávio Bolsonaro qui, main dans la main avec Mendonça [juge du STF nommé par son père] et sous la houlette de Trump, instrumentalise les scandales du Master pour porter un coup plus dur au gouvernement. Et hausser le ton, c’est garantir pour le mois la présence au second tour des candidats gouverneurs que nous soutenons dans les plus grandes circonscriptions électorales du pays, faire élire les candidat.es combatif.ves du PSOL á la législature fédérale ou des différents états, dépasser le seuil électoral [qui donne accès au financements publics] et mobiliser le plus grand nombre possible de militants dans la campagne.
À moins de dix jours du premier tour, le PSOL a ce rôle historique à jouer : démultiplier son discours et descendre dans la rue pour consolider nos avancées et gagner des votes, et soutenir de toutes ses forces le processus visant à vaincre l’extrême droite.
[1] Le PCC (Primeiro Comando da Capital) et le CV (Comando Vermelho) sont les deux principales organisations criminelles du Brésil opérant respectivement depuis São Paulo et Rio de Janeiro [NdT].
[2] Peter Thiel, cofondateur de Paypal et de Palantir, figure incontournable de l’extrême droite US, était a São Paulo fin avril et a rencontré les dirigeants d’une série de grande entreprises brésiliennes. L’importance de la délégation qui l’accompagnait et la proximité des élections empêchent de ne voir dans cette visite qu’une simple démarche d’affaire [NdT].
[3] L’humoriste Fabio Porchat a produit une série de vidéos qui démonte, avec humour et pédagogie, la promiscuité et la corruption entre le banquier Daniel Vorcaro de la Banque Master, les milieux religieux conservateurs et les politiciens d’extrême droite, et en premier lieu, Flavio Bolsonaro. Pour assister au vidéo de Fabio Porchat (en portugais) [NdT].