Le dernier mot
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Le dernier mot

Contre l’extrême droite, nous n’avons pas dit notre dernier mot, et la mobilisation Lula 13 n’a qu’un seul objectif : la victoire !

Israel Dutra 16 out 2026, 10:30

Photo : Manifestation de la campagne de Lula sur l’avenue Paulista, à São Paulo. (Ricardo Stuckert/Campagne Luiz Inácio Lula da Silva)

Les mots sont importants pour convaincre. Et grâce à eux, on va se battre pour chacun des millions de votes qui décideront de l’avenir du Brésil. Mais c’est l’exemple qui entraine. Et c’est l’exemple de la jeunesse dans la rue qui a inversé le climat politique, avec des centaines de manifestations dans tout le Brésil, avec des centaines de milliers de personnes rassemblées en écho aux grands moments de notre histoire de luttes, comme les « Diretas Já » en 1983/84, l’élection présidentielle de 1989 [la première au suffrage universel], le «Fora Collor», le soulèvement de la jeunesse de juin 2013, le « Tsunami de l’Éducation » de 2019 et les marches « Fora Bolsonaro ».

L’élection reste indécise. Flávio Bolsonaro, qui s’est imposé comme le favori de la bourgeoisie, reste en tête des sondages, fort de la victoire éclatante remportée par l’extrême droite le 4 octobre.

Mais une nouvelle campagne électorale a débuté dès le 5 octobre, dans un climat marqué par une polarisation dont les contours sont dessinés par l’extrême droite á l’initiative, par l’immense politisation d’une partie de la société, par le débordement de l’orientation initiale de la coordination de campagne de Lula et par un rôle de premier plan joué par la jeunesse, partout.

La polarisation a envahi les rues, entrouvrant la porte à l’hypothèse d’un renversement de situation, mobilisant des milliers de jeunes qui s’éveillent à la lutte politique, sans le poids des considérations pragmatiques des générations précédentes, et qui se rallient à une bataille mondiale contre l’extrême droite, Trump et ses plans de destruction de la civilisation.

Un bond de la polarisation

La jeunesse revient sur le devant de la scène mondiale. Il y a un nouveau tournant aux États-Unis, mais aussi avec l’entrée en scène de la jeunesse militante en Espagne, en France, en Belgique, le retour du « mouvement des cafards » en Inde, entre autres exemples.

D’un côté, l’extrême droite sort ses griffes, avance dans les institutions, caracole en tête des sondages et accumule des voix. De l’autre, la riposte de la rue montre la jeunesse en action, avec des méthodes collectives et radicalisées qui font penser à la grève générale. La jeunesse française a organisé deux grandes journées de manifestations et prépare une action commune pour samedi prochain (17) avec les «gilets jaunes». Dans l’Etat espagnol, on appelle à une grève générale après le tollé suscité par l’expulsion d’une personne âgée de Madrid, Maricarmem, décédée depuis et est devenue le symbole de tout un combat. Des manifestations impliquant la jeunesse et des secteurs de la classe ouvrière ont lieu en Inde, en Belgique, en Albanie et au Portugal. La présence de Greta Thunberg aux manifestations étudiantes en France montre que les causes s’allient, ce qui marque un bond en avant dans la polarisation et la politisation.

Les prévisions du FMI pour l’économie ont été revues à la baisse, ce qui laisse entrevoir de nouvelles tempêtes économiques à l’horizon, en plus de la crise climatique qui est déjà une réalité dramatique pour la planète. Les conditions sont en train de mûrir pour un mouvement décisif contre Trump, tant aux États-Unis qu’à l’étranger, à partir des élections législatives américaines de novembre, et avec la capacité de rallier un mouvement de masse à travers le monde.

Trump doit intensifier son néocolonialisme, comme il l’a fait avec le Venezuela, le Brésil et Cuba, à un moment où les gouvernements d’extrême droite de la région ont eux-mêmes des taux de popularité et d’approbation très bas.

Le Brésil fait partie de ce combat. On n’exagère pas en disant que le débat de plus de deux cents millions de Brésiliens sur leur avenir immédiat et leur souveraineté concerne et a un impact sur des milliards de personnes à travers le monde. L’enjeu est énorme.

La jeunesse, de tout son cœur,

Comme le chante Mercedes Sosa : «¿Quién dijo que todo está perdido?» Au milieu du découragement et de la défaite du premier tour, la jeunesse s’est mobilisée à partir d’assemblées d’étudiants et de manifestations de rue. Ça a commencé à l’UFF á Niteroi, puis ça s’est propagé au Collège Pedro II à Rio, en passant par des rassemblements à Fortaleza, avant de prendre un nouvel élan à Rio de Janeiro et à Belo Horizonte, le vendredi 9.

L’étincelle s’est propagée tout au long du week-end, avec des rassemblements coordonnés dans toutes les villes et un moment décisif à São Paulo où la mobilisation s´étend sur neufs blocs de l’Avenida Paulista, pleins à craquer, ce qui donne une idée de l’ampleur du mouvement : des centaines de milliers de personnes, pour rester sobre. Des villes de taille moyenne, partout dans le pays, se sont mobilisées comme les capitales et des grandes villes du Nord-Est, du Centre-Ouest, du Nord, du Sud-Est et du Sud. Le rassemblement qui a envahi Copacabana ce lundi 12 était symbolique, car c’est là que s’était tenu le lancement de la campagne de Bolsonaro. 50 000 personnes ont envahi les rues mardi dernier, le 13, à Porto Alegre et à Brasilia.

C’était un rassemblement de différents secteurs de la jeunesse, mené par le Mouvement étudiant, avec l’UNE et les DCE en première ligne, à l’image des manifestations du «Tsunami de l’Éducation» de 2019, intégrant désormais de nouveaux phénomènes de rue et des réseaux sociaux, comme les « fandoms ».

Cette dynamique a gagné les Instituts Fédéraux (équivalents des IUT), traversant la culture, la communauté « axé », différentes formes d’organisation sociale, et rassemble les nouvelles et les anciennes générations du « peuple des gauches », avec une forte présence des femmes et des lycéens.

Les militants et les dirigeants du PSOL, aux côtés d’autres secteurs du camp progressiste, ont été en première ligne de ce processus, dans un élan d’auto-organisation et de mobilisation militante.

L’adoption de la fin du système 6×1 au Sénat marque une nouvelle étape dans cette dynamique, un revirement dont le signe le plus marquant a été les manœuvres piteuses de Flávio pour changer son vote [par pur opportunisme électoral]; pourtant, le vote contre de Mourão [Ex vice-président du père Jair] a laissé la marque du « clan Bolsonaro », opposé à la plus grande victoire que la classe ouvrière ait remportée ces dernières années.

La combinaison de la mobilisation dans la rue et sur les réseaux sociaux avec la victoire écrasante contre le système 6×1 au Sénat ouvre une voie. Une voie possible, sinueuse, mais incontournable.

Un mouvement est en marche qui pourrait changer la donne politique.

Les derniers sondages indiquent deux tendances : tout devrait se situer dans la marge d’erreur, entre un et deux points, et le rejet de Flávio commence à dépasser celui de Lula.

Lundi, Flávio a mobilisé le « monde des affaires » et une partie importante de la bourgeoisie, imposant un climat de « victoire assurée » qui a été brisé par la dynamique de la jeunesse et, maintenant, par l’adoption de la suppression de la règle du 6×1, qui touche des millions de personnes et constitue le sujet le plus populaire de l’agenda législatif ces dernières années.

Il s’agit maintenant de se mobiliser pour récupérer les voix qui se sont portées sur les autres candidats au premier tour, d’aller vers les indécis et de mobiliser ceux qui n’ont pas voté. Par exemple, si chacun des millions de militants de la campagne mobilise deux ou trois personnes âgées qui n’ont pas voté, on aura là un nombre significatif pour neutraliser les partisans de Bolsonaro. Il faut aussi renforcer le soutien des femmes, un secteur où Lula commence à creuser son avance.

D’un autre côté, toute lutte sur les réseaux sociaux implique de comprendre que Meta et les géants de la tech ont pris parti. On doit trouver des moyens d’organisation pour se battre aussi sur ce terrain, en dénonçant toutes sortes de manœuvres préventives qui pourraient venir de là, de la part des alliés de Flávio et de Trump.

La victoire est possible

L’énergie sociale libérée ces derniers jours doit être mise au service de cette hypothèse de victoire. Le gouvernement doit poursuivre sur la voie du « 6×1 » et proposer des projets d’avenir, comme la renégociation des dettes des particuliers et des entreprises, des micro-entrepreneurs, des petits et moyens entrepreneurs. Aller de l’avant avec la proposition de la gratuité des transports, mettre en place un plan de recrutement dans la fonction publique, développer les universités publiques et les instituts fédéraux, et chercher d’autres mesures qui montrent qu’on va vivre mieux.

Où gagner ? En réduisant l’écart dans le Sud et le Centre-Ouest, en augmentant notre avance dans le Nord-Est et en se battant pour l’emporter dans les grandes villes du Sud-Est.

Comme on le disait déjà : monter d’un cran, se mobiliser et changer nos vies. Une élection où on décide de ce qu’on veut pour le Brésil et pour notre avenir.

Le dernier mot contre l’extrême droite n’a pas encore été dit. Une lutte puissante, qui rappelle juin 2013, s’engage. Voter pour Lula 13 le 25 prochain prend un nouveau sens : miser sur la victoire !


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