Les enjeux stratégique des élections brésiliennes dans la situation internationale
Une victoire de Lula á l’élection présidentielle d’octobre et la montée en puissance du PSOL constitueraient des points d’appui pour coordonner un mouvement antifasciste international, alliant la lutte contre l’extrême droite mondiale à la défense de la souveraineté des peuples
Entre tous les processus et phénomènes géopolitiques, sociaux et électoraux en cours mondialement traverse le monde, les élections brésiliennes occupent une place tout à fait particulière.
Alors que l’extrême droite met en place un projet international aux traits néofascistes, prétendant avancer un projet d’’avenir et défendant le génocide à Gaza, la campagne électorale brésilienne prend une dimension stratégique. Trump doit faire avancer son projet de la nouvelle stratégie de sécurité nationale, « Donroe », alors qu’il a essuyé une défaite majeure au Moyen-Orient, dans le mesure oú désormais l’échec de l’agression militaire contre l’Iran se confirme.
Trump incarne un impérialisme en déclin, mais plus agressif, qui dispute des zones d’influence avec l’impérialisme chinois émergent. À cette fin, il mobilise un courant néofasciste bénéficiant d’un large soutien populaire et agissant de manière coordonnée, avec Milei comme figure de proue régionale. Après avoir remporté des victoires électorales, soit dit en passant controversées, au Pérou et en Colombie, Trump et Milei veulent à tout prix la défaite de Lula en octobre. Avec la mise sous tutelle du Venezuela et le harcèlement de Cuba, le changement de gouvernement au Brésil, qui ferait basculer le plus grand pays d’Amérique du Sud dans le camp bleu, constituent un objectif stratégique pour le trumpisme.
Au cœur du conflit : offensive impérialiste et souveraineté
Le gouvernement américain agit délibérément contre la souveraineté du Brésil. Outre les droits de douane exorbitants, qui imposent une taxe de 37,5 % sur un large éventail de produits brésiliens, il y des marques sans équivoque d’ingérence, tels que la classification du CV et du PCC comme groupes terroristes, la prolongation de l’état d’urgence national déclaré à l’encontre du Brésil, ainsi que les suspicions avancées sur la régularité des élection et des urnes électroniques.
Cette nouvelle escalade s’est traduite par la révocation du visa diplomatique de l’ambassadrice du Brésil à Washington, Maria Luiza Viotti, une mesure sans précédent constituant manifestement une mesure de rétorsion face à la position brésilienne.
Milei a été une figure de proue lors de la convention de Flávio [Bolsonaro]. Il s’est prononcé contre le « socialisme » et a appelé à vaincre Lula et la gauche sur le continent, espérant la victoire de l’opposition lors de l’élection brésilienne. Milei a conclu sa « tournée » en Amérique du Sud par l’investiture d’Abelardo de la Espriella en tant que nouveau président de la Colombie.
La question de la souveraineté sera au cœur du débat électoral brésilien. Les géants de la tech, tels que Palantir de Peter Thiel (qui s’est implanté en Argentine sous Milei), agissent comme une force de choc numérique au service du projet d’extrême droite. L’un de leurs objectifs est de mettre en place une expérience techno-fasciste dans les pays de la région, et ce projet bénéficie également du soutien enthousiaste de Renan Santos et du parti Missão au Brésil.
Une victoire de Flávio Bolsonaro ouvrirait la voie à une offensive coloniale de plus grande envergure :contrôle des terres aux, des ports et de nombreuses autres ressources et infrastructures nationales, tout en renforçant considérablement l’interventionnisme américain en Amérique latine.
Indépendance ou Trump!
Une victoire de Lula servira de « rempart » contre l’offensive de la droite et néocoloniale. La frénésie trumpiste vise à contrôler les terres rares au Brésil, la production minière, comme celle du lithium en Argentine et en Bolivie, ainsi que les principales voies navigables. La question du contrôle des transactions financières, comme celle du Pix, s’inscrit dans le cadre du conflit général et devient un élément central permettant de montrer à des dizaines de millions de personnes comment la ligne de Trump, favorable aux intérêts des États-Unis, va aggraver les conditions de vie de la majorité de la population brésilienne.
Il ne faut pas perdre de vue que la grande majorité de l’élite brésilienne accepte cette situation de subordination, malgré les plaintes et les pertes. La déclaration honteuse du ministre de la Défense, José Múcio, selon laquelle il « ouvrirait les portes » en cas d’une hypothétique invasion des États-Unis doit être combattue, car elle est l’expression d’une « cinquième colonne » de traîtres au sein même du gouvernement. Il est également important de rappeler que Múcio a été l’une des principales voix en faveur de la réduction des peines infligées aux auteurs du coup d’État du 8 janvier.
Il est fondamental de concilier la lutte pour la souveraineté, pour une indépendance effective face à l’impérialisme, avec la défense des droits démocratiques et d’un programme répondant aux revendications de la majorité de la population. Flávio [Bolsonaro] incarne un projet de régression des conditions de vie des femmes et des populations noires et autochtones, qui seraient directement affectées par ses positions machistes, racistes et favorables à l’extractivisme prédateur.
Une victoire de Lula rééquilibrerait le rapport de forces à l’échelle continentale. Et elle ouvrirait la voie à la défaite de Trump, déjà en difficulté en Iran et susceptible de perdre les élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre prochain.
C’est là tout l’enjeu.
La force du PSOL et son lien avec les mouvements internationaux de gauche
Au-delà de la défaite de l’extrême droite, les élections d’octobre auront pour enjeu de renforcer le PSOL et son groupe parlementaire, en surmontant la clause d’exclusion et en envoyant un signal à la gauche anticapitaliste dans le monde entier. La nouvelle dynamique du PSOL, alors que son aile la plus proche du gouvernement est en passe de quitter le parti, renforce son indépendance politique et lui confère une légitimité internationale.
Les élections brésiliennes pourraient refléter le virage à gauche que prennent actuellement certains secteurs des masses. La montée en puissance du DSA aux États-Unis, où des candidats engagés en faveur de la Palestine ont vaincu le lobby sioniste lors des primaires démocrates, s’inscrit dans une dynamique qui allie l’unité pour faire face à l’extrême droite et la construction d’un nouveau pôle à gauche des partis traditionnels. La victoire du médecin Abdul El-Sayed aux primaires démocrates du Michigan n’est pas des moindres : il a battu les secteurs pro-israéliens de l’establishment du parti, dans un mouvement fortement incarné par Zohran Mamdani – l’actuel maire de New York – et qui s’étend grâce à une frange de plus en plus radicalisée de la population américaine.
Toutes choses égales, la quête du renouveau en Argentine se traduit par le renforcement du Front de gauche (FIT-U), qui dépasse les 10 % dans la plupart des sondages d’opinion. Ce mouvement s’accompagne de vastes mobilisations contre les politiques de privatisation et de capitulation de Milei dans le pays, qui aggravent de plus en plus la situation économique déjà difficile de la classe ouvrière argentine. Partout dans le monde, la Génération Z fait l’objet d’une lutte acharnée et des sondages indiquent que la tendance à adhérer aux idées socialistes se développe chez les jeunes, y compris aux États-Unis et dans d’autres pays de poids.
Une victoire de Lula et la montée en puissance du PSOL constitueraient des points d’appui pour coordonner un mouvement antifasciste international, alliant la lutte contre l’extrême droite mondiale à la défense de la souveraineté des peuples. C’est pourquoi nous participons à l’organisation d’une nouvelle édition régionale de la Conférence internationale antifasciste, qui se tiendra en décembre prochain en Argentine.
L’ordre du jour est de reprendre partout ce mot d’ordre : « Trump, hors du Brésil et de toute l’Amérique latine ! »